À la table des filocheurs de l’extrême, serait-il légitime d’y trouver un rond de serviette mignonnement brodé LISA LESLIE, aux côtés de ceux de Wilt, MJ, Kobe et compagnie?
Car nous parlons ici d’un simple match de lycée, où les disparités de niveau sont radicales : pour une joueuse passant professionnelle, des centaines finiront comptables, ingénieurs ou graphistes, et ne retoucheront peut-être plus jamais la balle orange de leur vie.
Malgré tout, il y aura toujours une fascination pour les excès du scoring, davantage que pour les autres unités statistiques. Si les 100 points en un match de Wilt Chamberlain sont ancrés dans le béton de l’imaginaire collectif des amateurs de basket, on ne peut pas en dire autant des 11 interceptions de Kendall Gill et Larry Kennon, ou des 17 contres d’Elmore Smith. La finalité de ce sport, c’est tout de même de mettre la balle au panier, et les grandes performances offensives sont celles qui retiennent l’attention.

Lisa Leslie, qui sera dans sa carrière professionnelle davantage reconnue pour sa défense que son attaque, a connu un sacré coup de chaud lors d’un match de lycée. Pour rappel, elle est considérée comme l’une des meilleurs joueuses américaines de l’histoire, symbole des Los Angeles Sparks de 1997 à 2009, multimédaillées avec sa sélection nationale (quatre médailles d’or olympiques), deux championnats WNBA, trois titres de MVP, huit titres de première équipe All-WNBA, sans oublier l’entrée au Hall of Fame en 2015.
Nous sommes le 7 février 1990, Lisa a 17 ans, et est dans sa dernière année de lycée, au Morningside d’Inglewood, en Californie. C’est jour de match et l’équipe adverse est South Torrance. Pour cette dernière rencontre à domicile de la saison, la tradition des Monarchs est de donner systématiquement la gonfle à la meilleur joueuse de l’équipe. Leslie, mesurant déjà 195 cm, est injouable à ce niveau, et l’objectif est de dépasser le record de Cheryl Miller datant de 1982, avec 105 points marqués en match de lycée.
Cela commence plutôt bien pour Lisa avec 49 points dans le premier quart-temps, puis 52 dans le deuxième. 37 tirs réussis sur 57 tentés. 27 sur 35 aux lancers-francs (le hack-a-Leslie était en vigueur). Ciblée, elle reçoit bon nombre de coups et s’ouvre la lèvre :
Les points que j’ai marqués n’ont pas été faciles. Il n’y a pas eu beaucoup de layups. Elles ont envoyé leurs cinq joueuses après moi pendant tout le match, et j’ai essayé de ne pas y prêter attention.
N’en jetez plus, la coupe est pleine. À la mi-temps, l’affaire est entendue. 102 à 24 pour Morningside. Seul un point sur lancer-franc sera l’œuvre d’une autre joueuse que Leslie pour les locaux. La cadence est d’un peu plus de 6 points marqués à la minute pour la future star de l’université des Trojans d’USC. Car au delà des 101 points marqués, c’est le temps passé sur le parquet pour les mettre qui semble le plus incroyable.
Mais le record ne sera pas pour aujourd’hui : Gil Ramirez, l’entraîneur de South Torrance, refuse de faire jouer son équipe la deuxième mi-temps. Arrivé avec seulement six joueuses au début de la partie, South Torrance n’a plus que quatre filles disponibles, les deux autres ayant été exclues pour trop grand nombre de fautes individuelles. Le journaliste et ancien footballeur américain Lonnie White couvre l’évènement pour le LA Times, et en profite pour interviewer la principale intéressée. À seulement 4 points du record, Lisa est frustrée :
J’avais le cœur brisé de ne pas avoir battu le record. J’ai demandé à l’entraîneur (de South Torrance) avant qu’ils ne quittent le terrain s’ils me laisseraient marquer trois paniers de plus, puis il a demandé à son équipe, qui a répondu non

Basket lycéen féminin en 1990, et même si Lisa Leslie était déjà considérée comme l’une des meilleurs lycéennes du pays, il n’y a bien entendu aucune image ni vidéo de cette rencontre, et à l’instar des 100 points de Wilt Chamberlain en 1962, nous ne pouvons vivre cette performance dantesque qu’au travers les témoignages des différents acteurs et articles de presse de l’époque, comme celui présenté plus haut.
Fait notable (et discutable) : l’entraîneur de Morningside, Frank Scott, sera suspendu pour le reste de la saison, les responsables de la ligue ayant jugé qu’il n’avait pas respecté les règles de sportivité de la ligue.
Le record de Miller finira par tomber en 2006, (quelques semaines après les 81 points de Kobe), Epiphanny Prince, du lycée de Murry Bergtraum, marquera 113 points lors d’une victoire de 137 à 32 contre le lycée de Brandeis.





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