Norman Carmichael, natif de Washington D.C, passe ses années étudiantes à l’université de Virginia (fac, entre autres, du futur numéro un de draft 1983, Ralph Sampson), faisant un cursus complet et montrant qu’il peut être un pivot adroit (57% de réussite aux tirs). il affiche une moyenne en double-double sur son année Junior – 15 points et 12 rebonds, en 1967-68. Mais aux yeux des recruteurs, ce ne sera pas suffisant pour prétendre en faire un choix de premier ordre chez les professionnels.

Drafté pour la forme par les Atlanta Hawks en 193ème position, dans les fins fonds du quinzième tour de la cuvée 1969 (celle des Lew AlcindorNorm Van LierJo Jo WhiteBob Dandridge…), il ne verra jamais la Géorgie : comme l’immense majorité des joueurs sélectionnés au-delà du cinquième tour, la NBA se passera de ses services.

Carmichael, c’est avant tout une certaine idée du style. Crédit : FCB

Au diable la NBA ou la ABA, direction l’Europe pour Norman Carmichael, à une époque où ce cas de figure n’était pas encore légion. Homme d’un seul club, il jouera pour le FC Barcelone de 1969 à 1978, période durant laquelle les blaugranas seront au mieux deuxièmes du championnat, mais surtout à des années lumières du Real Madrid de cette décennie 70.

Avec les Emiliano Rodríguez, Clifford Luyk, Wayne Brabender et Juan Antonio Corbalán, les madrilènes sont injouables sur le plan national et considérés, avec le CSKA Moscou et Varèse, comme l’une des toutes meilleurs équipes d’Europe.

Tandis que les années 70, côté Catalogne, seront davantage les années de la structuration professionnelle de la section basket du désormais mondialement connu club omnisports. Une période fatalement famélique en terme de trophées, notons tout de même durant cette période une finale en 1975, perdue, dans la troisième Coupe d’Europe, la Coupe Korać, face aux italiens de Cantù, ainsi que deux Coupe du Roi, en 1978 et 1979.

Carmichael pas le dernier pour mettre des brins. Crédit : FCB

Charismatique et combatif, il devient rapidement le chouchou du public et acquiert le capitanat dès sa deuxième saison en Espagne. Avec ses 208 cm, se laissant pousser la moustache, Carmichael dénote dans une ligue où la taille moyenne n’atteint pas les 190 cm et où jusqu’alors seul le Real possède des joueurs atteignant le double mètre. Il sera d’ailleurs le plus grand joueur (par la taille) du championnat des années durant.

Souhaitant en faire un homme de base du club, Barcelone lui accorde en 1971 la nationalité espagnole, la toute première naturalisation du club. Et pourtant, tout aurait pu s’arrêter assez vite. En 1972, Barcelone décide de mettre l’américain Willy Ernst sur le banc. Pourtant compatriote de naissance, Ernst et Carmichael se vouent une inimitié rare, au point d’en venir aux mains. L’entraîneur fait la demande auprès de sa direction de licencier le pivot, ce que cette dernière refusera, arguant que son licenciement coûterait plus cher que le prix de sa demande de naturalisation auprès du Conseil des ministres. Carmichael est réintégré, et c’est Willy Ernst qui ne sera pas reconduit à la fin de la saison.

L’arrivée sur le banc de l’entraîneur yougoslave Ranko Žeravica, à la place de Vicente Sanjuán, le temps de deux saisons (1974-1976), enclenchera la voie d’un professionnalisme non négociable pour le club catalan, qui ne cochait jusqu’alors aucun critère d’un club structuré. Le yougoslave ne mâche pas ses mots lors de son arrivée en Catalogne :

Pour l’instant, l’important est de faire une bonne sélection de ceux qui doivent rester au club. Ce qui compte, c’est l’avenir de Barcelone […]. C’est pourquoi nous devons prendre soin de nos joueurs et des autres équipes de la section. J’exigerai beaucoup et ce sera très difficile pour eux : je n’utiliserai pas de fouet, mais le rythme sera intensif et ils devront s’y adapter.

Mundo Deportivo du 21 août 1974, présentant le nouvel entraîneur yougoslave, Ranko Žeravica

De deux à trois entraînements par semaine, le yougoslave passe à deux séances par jour. Et s’il fera un tri drastique sur l’effectif, en écartant pas mal de vétérans et en intégrant des jeunes prometteurs (en premier lieu Nacho Solozábal, futur meneur phare de l’équipe d’Espagne), Žeravica gardera Carmichael en bonne estime. Combattant et pas mauvais tireur par rapport aux pivots de l’époque, il garde sa place dans ce Barcelone beaucoup plus exigeant sous les ordres du yougoslave. C’est Todor Lazić, un autre coach yougoslave, qui prendra la suite de l’équipe première en 1976 ; il donnera au pivot moustachu un dernier rôle, plus modeste, jusqu’à sa fin de carrière, en 1978.

Plus de quatre décennies après sa retraite, il détient toujours la plus belle longévité sous le maillot barcelonais pour un joueur étranger, devant les Ante TomićSteve Trumbo ou Audie Norris (c’est cependant le croate qui comptabilise le plus grand nombre de matchs disputés, ère moderne oblige).

Les blessures lui feront prendre une retraire anticipée, en 1978, alors âgé de 31 ans. Lors de sa dernière saison, le vestiaire du Barça est bien différent de celui qu’il a pu connaître en arrivant en 1969.

Un groupe de joueurs qui, quelques années plus tard, changeront à jamais le statu quo du basket espagnol et deviendront des légendes du Barça, comme EpiSolozábalSibilio et De la Cruz. La victoire en Coupe d’Espagne 1978, face au Real (que Carmichael ne jouera pas, blessé), lancera cette nouvelle génération sur les bons rails.

Ne cherchez pas de vidéo d’époque, ni même de feuilles de statistiques : de cette période ne ressortent que quelques témoignages, articles de presse d’époque. Proche du club, on pouvait le croiser lors des différentes cérémonies organisées par le Barça, comme par exemple durant les hommages à Audie Norris et Juan Antonio Epi San Epifanio.

Il réapparaîtra malgré lui, en 2021, un an avant son décès, se retrouvant mêlé à cette histoire incroyable que nous vous avions narré ici-même : l’improbable résurrection de son vieil ami et coéquipier à Barcelone de 72 à 75, Charles Thomas, considéré comme décédé pendant près de cinquante ans.

Carmichael et son ami Charles Thomas dans les vestiaires du FC Barcelone. Crédit : FCB

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