Lors du bouclage de l’album, Jordan n’avait pas encore annoncé sa retraite. Panini a eu le nez creux (ou pas les moyens) de ne pas le mettre en couverture sur cette édition.

Un album resté cantonné au marché nord-américain (États-Unis et Canada), et mal distribué à l’époque. Plus difficile à compléter que ses prédécesseurs, il marque une fin de cycle : en 1993-94, les stickers commencent à perdre du terrain face à la montée en puissance des trading cards rigides, plus valorisées, plus collectionnables, plus « cool » dans les cours de récré.

Un sachet de 6 stickers (photo prise sur eBay) s’achetait un demi-dollar en 1994, soit à peine un dollar de 2025, pondéré à l’inflation. Une grosse augmentation par rapport aux sachets de l’édition précédente (39 cents)

J’avais déjà présenté l’album de la saison 1994-95, bien connu des collectionneurs français : c’est le premier à avoir traversé la Manche. Un excellent cru, avec ses choix graphiques ambitieux : livret élargi, stats intégrées horizontalement, double-page par équipe, 8 joueurs présentés au lieu de 6, fun facts ajoutés…


Mais en fait, toutes ces bonnes idées venaient déjà de l’édition 93-94, celle dont je vous parle ici.

Et même deux innovations supplémentaires, étrangement abandonnées ensuite :

-Les logos d’équipes avaient droit à leur propre sticker.
-Les stats individuelles étaient séparées de la bio, placées dans un encart dédié, ce qui rendait la page plus lisible, plus structurée.

Seul vrai bémol comparé à l’édition 92-93 : cette dernière affichait des effectifs actualisés au mois de novembre, juste au début de saison. Ici, le bouclage a été fait très tôt, arrêté au 12 août 1993. Résultat : des effectifs moins à jour.

L’album commence par un retour sur les finales passées, le three-peat des Bulls face aux Suns du MVP Barkley. Les deux photos forment les quatre premiers stickers à collectionner.

Contrairement aux quatre albums précédents présentés en ces lieux, je n’ai pas complété l’ensemble des stickers. Il m’en manque une bonne moitié. Je vais donc présenter ici uniquement les pages équipes où j’ai suffisamment de vignettes pour que cela vaille le coup, à savoir : Portland, Utah et Cleveland. Pour agrandir les photos d’équipes, il vous suffit de cliquer dessus.

Cleveland Cavaliers (47 victoires, élimination au premier tour des playoffs)

Pour les Cavaliers, cela sera la dernière saison au Richfield Coliseum, leur salle mythique dont je vous avais parlé dans cet article via le livre de Terry Pluto.

Avant le début de la saison 1993-94, les Cavs font partie des gros clients à l’Est. Deux saisons de suite à plus de 50 victoires, un collectif bien huilé, un Mark Price toujours aussi clinique (il terminera la saison All-Star et All-NBA 3rd Team), un Daugherty qui tourne pépouze à 20 points de moyenne… et surtout : plus de Jordan pour les torturer en playoffs. Le ciel semble enfin dégagé dans l’Ohio.

Mike Fratello débarque sur le banc avec du Prozac dans ses valises, quatre ans après sa dernière expérience à Atlanta. Tyrone Hill arrive pour poser des écrans bien solides et pour remonter le niveau de bogossitude de l’effectif auprès de ces mesdames, Gerald Wilkins est censé aider à faire oublier Craig Ehlo, et le rookie Chris Mills est annoncé comme un des beaux coups de la fin du premier tour de cette Draft 93.

Mais voilà : très vite, ça tourne vinaigre. Daugherty, Larry Nance, Hill… tout le monde passe par l’infirmerie, et pas pour s’être retourné un ongle. Le cinq majeur devient un jeu de Mikado et Hot Rod Williams doit rejouer pivot pour palier à l’absence du Big Dukie. Fratello impose un jeu au ralenti, et Cleveland devient l’équipe préférée des insomniaques. Heureusement, ça défend fort, et ça suffit pour accrocher les playoffs avec 47 victoires dans une conférence Est ultra dense.

Et là ? Revoilà les Bulls au premier tour, version post-Jordan. Cleveland est en slip avec un demi Mark Price, pas de Daugherty, pas de Larry Nance, pas de Hot Rod Williams, blessé lui en toute fin de saison régulière… Sweep direct, 3-0. Rideau.

Une saison noire à plusieurs titres car cela sera la dernière pour Larry Nance, 34 ans, dont la blessure au genou sonnera la fin de la récréation, et surtout pour Brad Daugherty, 28 ans seulement, fin de carrière prématurée à cause de ce maudit dos en compote.

Utah Jazz (53 victoires, élimination en finale de conférence)

Le duo StocktonMalone est toujours aux commandes, ça ne bouge pas. L’élimination au premier tour l’an dernier par les Sonics a laissé des traces, mais sur le papier, cette équipe a fière allure et est, comme presque chaque saison, vue comme un candidat au titre. Jerry Sloan est lui aussi toujours sur le banc, fidèle au poste, malgré des rumeurs de licenciement revenant de plus en plus. Mais cette fois, ses deux soldats de toujours ont pu avoir un été de vrai repos, contrairement à la dernière intersaison où ils ont fait les beaux à Barcelone avec dix autres gugus. Utah reste malgré tout l’équipe la plus âgée de toute la ligue avec plus de 29 ans de moyenne.

Felton Spencer débarque de Minnesota pour prendre la succession de Mark Eaton qui ne disputera pas un match de la saison, et annoncera sa retraite définitive en septembre 94. Jeff Malone, fort scoreur mais trop unidimensionnel, sera échangé durant l’hiver contre un Jeff Hornacek bien plus complet, dans un trade gagnant pour le Jazz. Enfin, Tom Chambers, après avoir été le back-up de Barkley aux Suns l’année passée, sera celui du Mailman pour celle à venir.

En théorie, ça doit tourner : un trio d’arrières-ailiers solide (le rookie Bryon Russell, drafté en fin de second tour, s’avère être une bonne surprise), un Malone toujours solide. Sauf que le poste de pivot est toujours un no man’s land. Si Spencer le titulaire fait le boulot, son remplaçant Luther Wright, rookie drafté en choix 18, censé être l’avenir du poste au Jazz, s’avérera être littéralement cintré, comme je vous l’avais expliqué dans l’album 94-95 :

En janvier 94, la police le retrouve dans une aire de repos près de Salt Lake City, saccageant des poubelles et brisant des vitres de voiture. Diagnostiqué bipolaire, il quitte le Jazz après la saison (il n’a joué que 15 matchs) et est interné en hôpital psychiatrique. Dans l’article du NY Times qui explique tout ça, on apprend qu’ il a continué à percevoir 153 000 dollars par an pendant 25 ans de la part du Jazz.

En playoffs, ils sortent un petit San Antonio au premier tour, puis arrachent une place en finale de conférence sur un Game 7 (alors qu’ils menaient 3-0 !) face aux jeunes Nuggets de Mutombo. Utah tombe contre Hakeem et ses Rockets aux portes des finales NBA, 4-1.

Portland Trail Blazers (47 victoires, élimination au premier tour des playoffs)

De la belle épopée de la fin des années 80 / début 90 (avec en point d’orgue les Finales NBA de 1990 et 1992) reste encore pas mal de piliers à Portland : Clyde Drexler, toujours All-Star en 93-94, Terry Porter à la mène (Rod Strickland lui grapillera peu à peu du temps de jeu), Buck Williams, Mark Bryant et Jerome Kersey. Rick Adelman est encore sur le banc, mais c’est son dernier tour de piste. En place depuis 1988, il sait que le groupe vit ses derniers instants ensemble.

L’intersaison a vu arriver Harvey Grant (le jumeau de Horace), échangé contre Kevin Duckworth, et Chris Dudley signé libre pour boucher les trous à l’intérieur faire ses 6 fautes par soir. Problème : Dudley se démonte la cheville après 6 petits matchs. Portland se retrouve sans vrai pivot, et Cliff Robinson, ailier longiligne et ultra-polyvalent, se retrouve propulsé titulaire au poste 5. Résultat : meilleure saison en carrière pour Uncle Cliffy, qui termine All-Star et meilleur marqueur de l’équipe devant Drexler. Pas mal pour un mec censé sortir du banc, mais rien qui règle les problèmes de taille dans la raquette pour les gros morceaux à venir.

Les Blazers terminent avec 47 victoires mais tombent dès le premier tour contre au futur champion Houston, 3-1. Des matchs serrés mais Olajuwon est injouable et s’amuse face aux Cliff, Mark Bryant et même Dudley revenu de blessure le temps de se faire martyriser par The Dream.

Pour Drexler, ce sera la dernière saison complète à Portland. La page des Blazers finalistes est en train de se tourner. Adelman sera remercié dans la foulée.

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