
Un ouvrage préparé pendant quatre ans, écrit de la main même de John Stockton, sans nègre littéraire, mais supervisé par son ancien entraîneur au lycée, Kerry L. Pickett, homme de lettres et poète amateur.
La préface est signée par son compère de toujours, Karl Malone. Des mots toujours très touchants et empreints d’affection de la part du Mailman envers son fidèle meneur.
L’aspect biographique, principalement familial (le premier tiers du livre), n’intéressera peut-être pas les amateurs de NBA stricto sensu. Mais pour avoir lu désormais pas mal de biographies d’anciens joueurs, celle de Stockton est l’une des mieux écrites et des plus intéressantes. Le livre se présente autant comme un testament personnel que comme une simple biographie : un mémoire rédigé avec droiture par le très spartiate Stockton. Minimaliste, non matérialiste, il choisit la chambre d’hôtel la plus sobre de Salt Lake City lors de son année rookie, n’allume jamais le chauffage, se prépare des kilos de lasagnes maison à congeler pour tenir toute la saison, et son seul luxe sera d’attendre quatre mois avant de finalement s’acheter une télévision… uniquement pour pouvoir regarder le Super Bowl. Un clin d’œil à son héritage : il est le petit-fils de Hust Stockton, champion NFL en 1926 avec les Frankford Yellow Jackets.
L’ouvrage est richement illustré (près d’une centaine de photos, la plupart issues de la collection personnelle de Stockton).

Parmi les quelques anecdotes basket que je ne connaissais pas : il faisait partie du dernier cercle de présélectionnés pour les JO de 1984, mais le sélectionneur Bobby Knight lui préféra son propre meneur des Hoosiers d’Indiana, Steve Alford (qui fera un excellent tournoi, mais évidemment une carrière bien moins marquante que celle de Stock). Cette sélection universitaire américaine comprenait MJ, Ewing, Mullin, Tisdale, ou encore mon gars Jeff Turner. En dehors du Jazz de Frank Layden, c’est George Karl (alors coach des Cavaliers) qui était le plus intéressé pour drafter le meneur de Gonzaga, suivi par Jack Ramsay pour les Trail Blazers. Layden, décidément professeur de punchlines, est présenté comme l’un des gars les plus bonnards de la NBA de l’époque. On découvre aussi que la négociation du contrat rookie de Stockton fut particulièrement compliquée : il manqua même le premier camp d’entraînement de l’équipe, prêt à partir jouer en Europe. Et que la franchise du Jazz, après son déménagement de la Nouvelle-Orléans à Salt Lake City en 1979, faillit être vendue au milliardaire saoudien Adnan Khashoggi, qui aurait alors déménagé l’équipe à Las Vegas. Stockton et ses coéquipiers ont même disputé plusieurs matchs dans le Nevada en 1984 pour tester les installations. Il y a évidemment plein d’autres choses à découvrir.
L’ouvrage est dense et couvre l’ensemble de la vie du meneur de Spokane : ses années à Gonzaga, sa draft, ses grandes discussions littéraires avec l’assistant coach Phil Johnson, son angoisse lors du passage de témoin sur le banc du Jazz entre le fantasque et hilarant Frank Layden et le maître de guerre Jerry Sloan, ses deux campagnes olympiques (1992 et 1996), ou encore la demande de la NBA Entertainment de filmer son séjour à Barcelone — en lui fournissant une caméra — sachant pertinemment qu’il ne serait pas reconnu par les locaux. On ressent aussi sa solitude après la retraite de Jeff Hornacek en 2000 : il ne se retrouvait plus dans cette nouvelle génération « casques / écouteurs », qui coupait les liens entre coéquipiers. Les deux finales NBA face aux Bulls. La confrontation épique, en sept manches, face aux Lakers de Magic en 1988.
Ses vingt années de carrière, pour autant de campagnes de playoffs, sont ainsi survolées au fil de près de 400 pages.
Finalement, la seule faute de goût du livre reste le choix de la photo en couverture : ce vilain maillot extérieur noir du Jazz. Pour le reste, l’admirateur du joueur que je suis referme ce livre ravi de sa lecture.





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