On avait très longuement abordé la saison régulière de cet Utah 97-98 dans la première partie : pas mal d’extra-sportif, de kilos en trop, de contrats mal gérés, de tartes dans la gueule, de transferts avortés et de tribulations inhabituelles pour une franchise plutôt du genre carrée, du moins sous la gouverne de Frank Layden.

Malgré tout, le Jazz boucle la saison avec le meilleur bilan de la Ligue, à égalité avec les Bulls.

Place aux playoffs !

Premier tour pas simple du tout face à l’Ehpad des Houston Rockets

These guys are not an eigth seed. They’re .500 because of injuries. They’re not .500 because of talent. There’s a big difference. And I’ve been beaten too many times not to know it

Avant ce premier tour de playoff, Coach Sloan est du genre méfiant. Si Utah a battu Houston la saison passée en finale de conférence 4-2 (avec le fameux buzzer-beater de Stockton à 3 points), il se rappelle qu’en 94 et 95 c’était l’inverse. Alors Jerry, qui a peur est un peureux ?

La dynamique des Rockets est clairement mauvaise, avec neuf défaites sur leurs treize derniers matchs de saison régulière. Et les victoires n’étaient que contre des petites équipes (Warriors, Kings et les Nuggets par deux fois). Aucune victoire contre des équipes à bilan positif depuis le 25 mars ! Une saison avec 41 victoires pour autant de défaites. Sur le papier, Houston est une équipe de vétérans en fin de cycle, la plus vieille de la ligue avec 32 ans de moyenne d’âge, avec trois stars qui ne sont pas au mieux.

Charles Barkley est diminué et a raté neuf des quinze derniers matchs pour de multiples pépins physiques (hernie, épaule, élongation de l’aine) : ses minutes vont être comptées en playoffs, Chuck sortant du banc.

Hakeem Olajuwon n’a pas pu disputer les 33 premiers matchs de la saison après son opération du genou gauche, et ne sera pas à son meilleur niveau lors de son retour, affichant 16 points de moyenne, la première fois en quatorze ans de carrière qu’il tombe sous la barre des 20.

Clyde Drexler quant à lui avait déjà annoncé sa retraite à la fin de la saison pour prendre un poste de coach dans son alma mater de Houston. Il a été également gêné toute la saison par son épaule, ratant douze matchs.

S’ajoute à ça l’état moral loin d’être au beau fixe pour des gars comme Mario Elie, Kevin Willis et Matt Maloney, la franchise cherchant à s’en séparer durant la saison contre Damon Stoudamire, dans un autre transfert qui n’a pas abouti (voir celui de Rony Seikaly dans la première partie).

Après la victoire surprise du Game 1, Charles Barkley a remis un fan d’Utah à sa place : 10 000 dollars d’amende. Source : Beaver Country Times du 26 avril 1998

Et pourtant ! Game 1 au Delta Center. Houston n’est pas venu pour compter les cuillères de pêche et renverse l’avantage du terrain, l’emportant 103 à 90. Olajuwon, Drexler, Kevin Willis assurent. En sorti de banc, c’est Barkley qui fait le boulot. Brent Price arrose derrière la ligne avec 12 points à 4 sur 6. Les Rockets savent faire mal à 3 points, c’est l’équipe qui en prend le plus cette saison avec 20 tentatives en moyenne. Et ce soir, ça tombe comme à Gravelotte. Chacun y va de sa bombinette : Eddie Johnson, Matt Maloney… Utah sombre avant la mi-temps.
“We just lost the home court advantage after playing eighty-two games,” peste Sloan, voyant la malédiction du premier tour pointer le bout de son nez. Barkley va se chauffer avec un fan (voir plus haut), bien content d’avoir vu les balais synonymes de sweep rangés progressivement par les locaux : “They better put the damn brooms in the closet. We came to play.”

Frustré par la branlée de ce Game 2, Chuck vient sonner les cloches de Stockton avec un vilain coup dans la poitrine. Mais le plus dingue dans cette histoire est de voir Stock rater ses deux lancers-francs sur la faute flagrante.

Dans le Game 2, Sloan retrouve son Jazz, dur, discipliné. Houston n’existe pas une minute dans cette rencontre. Ce soir-là, Utah reprend vie et gagne 105-90. Malone (29 points, 10 rebonds) et Stockton (17 points, 10 passes, 4 interceptions) font la loi.

Game 3 à Houston : le fan qui avait provoqué Barkley lors du match 1 revient à la charge avec humour et une proposition de paix. Crédit : Smiley N. Pool pour le Houston Chronicle

Le répit est de courte durée. Avant le Game 3 à Houston, Stockton se blesse au dos à l’entraînement. Fidèle à la culture maison :“If you dressed for the game, you played. Period.”
Mais bien que maladroit, Olajuwon va dominer (28 points, 12 rebonds), assisté par Drexler ajoutant 22 points 9 rebonds et 5 passes. Houston gagne 89-85, et prend l’avantage 2-1.
Seul Jazz a voir été au niveau, Bryon Russell s’autorise un coup de gueule : “It’s all about heart. We’re playing the eighth seed and the eighth seed is kicking our butt.”

Le Jazz est dos au mur, son leader maladroit (Malone tourne à 24/58 sur les trois premiers matchs), et encore une défaite et c’est l’élimination.

Le Game 4 (à Houston) démarre dans la panique. Utah n’inscrit que 10 points dans le premier quart, à 4 sur 16 aux tirs. Coup de pouce malheureux : à 13-4 pour les Rockets, Barkley se pète au triceps sur un contact avec Antoine Carr. Il tente par deux fois de revenir jouer, mais doit abandonner définitivement. Lucide, Mario Elie constate :
« Once we lost Charles we lost a big part of the team ».

Houston s’éteint. Anderson et Russell prennent feu, le Jazz passe un 34-10 aux Rockets. Utah s’impose 93-71 et il y aura donc un cinquième match pour clôturer ce premier tour, à Salt Lake City.

Le Game 5 décisif est une belle purge. Olajuwon est à court de souffle (39% aux tirs sur la série, son pire tour de playoffs en carrière), Drexler hors du coup complet (1 sur 13 aux tirs pour son tout dernier match NBA), Barkley est en civil, c’est Othella Harrington qui grapillera ses minutes. Sloan tente un ajustement : il titularise Byron Russell à la place de Keefe.
Choix gagnant : 10 points, 8 rebonds, une intensité folle. Houston s’accroche, revient à -3 à huit minutes de la fin, mais Ostertag clôt la série avec 5 contres dans le dernier quart temps, 7 au total. Le patron reste le Mailman qui sort son meilleur match de la série avec 31 points 15 rebonds 5 passes et 2 contres.

Le Jazz s’impose 84-70. Un tour passé sans être glorieux, 3-2. On notera que Chris Morris n’a quasiment pas joué de la série.

Demi-finales de conférence intenses face aux Twin Towers des Spurs

Utah retrouve San Antonio pour les demi-finales de conférence. Des Spurs qui viennent de se débarrasser sans peine des Suns, trop petits et désarmés dans la raquette (3–1). San Antonio n’est que cinquième dans une conférence Ouest très dense, après avoir gagné 56 matchs en saison régulière, avec la meilleure défense de la ligue (moins de 89 points encaissés en moyenne).

Sur le papier, le Jazz part favori. Les observateurs parlent d’un duel entre deux styles : la rigueur, la continuité et la science du pick-and-roll d’un côté / la taille et la protection de cercle de l’autre.

Les tours jumelles, saison 1. Crédit : USA Today Sports

En saison régulière, Utah a remporté trois des quatre confrontations, et la seule défaite s’était jouée sans Stockton. En face, David Robinson (32 ans) a retrouvé son niveau All-Star après sa grave blessure de la saison passée et le cadeau du tanking s’appelle Tim Duncan : Rookie de l’année quasi-unanime (Keith Van Horn a juste réussi à grappiller trois voix), All-Star, membre de la All-NBA First Team et All-Defensive Second Team. À 21 ans, Timmy est déjà une arme de destruction massive.

Mais passé les “Twin Towers”, l’effectif tousse un peu. Avery Johnson sort d’une belle série face à Phoenix, mais face à Stockton, il n’a jamais brillé. Chuck Person n’a jamais retrouvé son niveau depuis sa blessure au dos. Sean Elliott, l’ailier titulaire, est blessé depuis un moment et regarde les playoffs en civil. Derrière on a du Vinny Del Negro, Jaren Jackson, Will Perdue. Un effectif assez court et une rotation plus que serrée en playoffs, Gregg Popovich n’utilisant que 7 joueurs, là où le Jazz peut en aligner 10 à 11 sur chaque rencontre.
Résultat : ces Spurs arrivent avec une étiquette de “soft team”, jamais finaliste NBA, souvent accusée de se laisser marcher dessus, y compris après l’attentat de Malone sur Robinson en avril, resté sans vraie réaction.

Jerry Sloan sait que ni Ostertag ni Antoine Carr ne peuvent suivre le rythme de Robinson et Duncan. Il confie donc la mission de défendre sur le rookie à Greg Foster, pendant que Malone s’occupe de Robinson, un duel qu’il a souvent bien géré par le passé.

La force de San Antonio repose sur ses deux géants, auteurs de près de 40 points et 25 rebonds par match contre Phoenix. Sloan opte donc pour une stratégie risquée : peu d’aide défensive. Ses intérieurs ne quitteront jamais leur homme, pour ne pas offrir d’ouvertures à l’extérieur. C’est précisément ce qui avait condamné les Suns au tour précédent, forcés de compenser sans pivot digne de ce nom, laissant à Avery Johnson l’occasion de briller en étant le meilleur marqueur des Spurs sur la série avec plus de 20 points de moyenne !

Popovich, lui, tente de forcer les mismatchs. Il aligne Will Perdue dès l’entre-deux : trois joueurs à plus de 2m11 sur le parquet. Pour le beautiful game on repassera, le but est de surcharger la raquette, couper les angles de passe de Stockton et forcer le Jazz à tirer de loin. Jerry Sloan s’adapte en réintégrant Adam Keefe dans le cinq de départ plutôt que de forcer Bryon Russell à défendre sur un joueur beaucoup plus grand que lui.

Game 1 très serré entre Utah et San Antonio. Malgré un Tim Duncan des grands soirs, Karl Malone a le dernier mot dans le money time. Victoire 83-82 pour le Jazz

Dès le Game 1, le ton est donné, grosse tension, ça défend le plomb, et Utah gagne d’un petit point 83-82, Tim Duncan ne rentrant pas le tir de la gagne malgré un énorme match (33 points 10 rebonds 4 contres). C’est le Mailman qui porte le Jazz notamment dans les dernières minutes avec deux tirs et une interception décisive sur Duncan.

Le Game 2 sera également physique, Robinson commençant à se plaindre aux arbitres de la défense jugée trop rude du Mailman. Une victoire 109 à 106 après prolongation du Jazz, face à de redoutables Twin Towers. Probablement usé après 49 minutes disputées, Duncan sur rate sur la ligne des lancers avec un 0 sur 2 à 55 secondes de la fin. Mais comment faire tourner ses intérieurs quand Perdue est déjà dans le cinq ? Seul Carl Herrera peut ressembler à un ailier fort sur le banc, mais sur ce deuxième match Popovich ne le fait jouer que 7 minutes.

Le Game 3, disputé à l’Alamodome des Spurs, fut un carnage. 86-64 pour San Antonio. Jamais, depuis l’introduction de l’horloge des 24 secondes au milieu des années 50, une équipe n’avait marqué aussi peu de points dans un match de playoffs que le Jazz ce soir-là. Bien que les Spurs aient eux-mêmes tiré à moins de 40 %, ils limitèrent le Jazz à 28,6 % ! Malone termine avec 21 points soit plus d’un tiers du score total de son équipe. Aucun de ses coéquipiers ne dépassa les 9 points. 44 points après les 3 premiers quart-temps, bref, une horreur. Pour couronner le tout, Malone se tord la cheville droite en deuxième mi-temps. Avec 21 points 9 rebonds et surtout 7 contres en 28 minutes, Robinson tenait sa (mini)-revanche sur le Mailman, trouvant même le courage de le secouer un peu, provoquant une double faute technique à la fin du deuxième quart-temps.

Le Game 4, avec une victoire du Jazz à l’extérieur 82-73 et un Malone intenable.

Mais cette parenthèse enchantée ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau pour les Spurs. Alors qu’ils avaient l’occasion de recoller la série à 2-2, San Antonio va tomber à domicile sur ce Game 4. Malone va régler le problème avec 34 points et 12 rebonds dans une victoire 82-73 du Jazz. Il n’a même pas cherché à aller au cercle : aucun lancer-franc du match, lui qui menait la ligue chaque année dans ce domaine. Du mi-distance, calmement, indéfendable. San Antonio va y croire sur une claquette de Duncan à 3 minutes de la fin, réduisant l’écart à 75–72, mais Ostertag rentra miraculeusement deux lancers-francs vingt secondes plus tard pour redonner cinq points d’avance au Jazz. Ostertag, 48 % aux lancers sur la saison (et 6 sur 18 avant ce Game 4), toucha presque chaque centimètre de l’arceau avant que les deux tirs ne finissent par rentrer. Sloan avait réintégré Russell dans le cinq de départ pour ce quatrième match, presque deux ans jour pour jour après que Russell se soit révélé comme l’un des meilleurs joueurs du Jazz en playoffs, déjà contre les Spurs. Il y a 3-1, et prochain match à Salt Lake City.

Utah boucle cette série sur une belle victoire 87-77 dans le Game 5, suspense tué dès la mi-temps. Gêné par une cheville gonflée et surtout épuisé, on ne voit plus Duncan. Robinson, bien que maladroit une nouvelle fois, est le seul à sortir du lot pour les Spurs. 4-1.

Cinquième qualification en finales de conférence en sept ans pour le Jazz. Troisième fois depuis 1994 qu’ils sortent les Spurs, donnant lieu à cette déclaration d’Avery Johnson :

It’s like they’re the parents and we’re the children.

Malgré l’élimination, le rookie Tim Duncan aura fait forte impression pour sa toute première campagne de playoffs. Crédit : Bob Rosato pour Sports Illustrated 

Karl Malone 4, Lakers 0 : un sweep en bonne et due forme en finales de conférence

Place aux Lakers. Un remake de la saison passée, à un tour près. Lors des de la demi-finale de conférence 1997, Utah élimina sans peine ces Lakers 4-1. Toujours dirigés par Del Harris, L.A. sort d’une excellente saison régulière (61 victoires, deuxième meilleur bilan à l’Ouest avec les Sonics), et avec la toute meilleure attaque de la ligue. De la jeunesse (moins de 26 ans de moyenne), 4 joueurs All-Star (Shaq, Kobe, Van Exel et Eddie Jones). Un premier tour gagné 3-1 contre Portland, et une demie passée 4-1 face à Seattle. Avec un Shaq inarrêtable. Sur le papier, le Jazz semblait peu en mesure de le stopper avec un trio composé de Greg Ostertag, Greg Foster et Antoine Carr.

Sloan mit donc au point une défense spécifique sur O’Neal : plutôt que de le doubler systématiquement comme les autres équipes, le Jazz décida de varier les prises à deux, en changeant leur moment et leur provenance. Parfois, Foster, Ostertag ou Malone le défendraient seuls, et d’autres fois, une aide viendrait d’un joueur différent, selon la situation.

Shaquille O’Neal, Kobe Bryant, Rick Fox, Derek Fisher, Robert Horry : l’ossature des Lakers qui feront le three-peat entre 2000 et 2002 est dejà là. Il n’est pas présent sur la photo mais le GM de cette équipe est évidemment Jerry West. Del Harris est le coach, et son staff est composé de Kurt Rambis, Larry Drew et Bill Bertka. Crédit : Guide média officielle

L’objectif était de brouiller les repères du Shaq, l’empêcher de s’habituer à un schéma défensif fixe. En parallèle, Utah voulait éviter de laisser les shooteurs extérieurs des Lakers libres. Mais pour que ce plan fonctionne, il fallait imposer le ton dès le premier match. Sloan abandonna aussi l’idée de donner à Adam Keefe les quelques minutes de titularisation qu’il avait eues contre San Antonio, préférant utiliser Bryon Russell à plein régime pour neutraliser une partie de l’avantage athlétique des Lakers (Eddie Jones et Kobe avant tout).

D’entrée, Greg Foster alla provoquer O’Neal en face-à-face, faisant ce qu’Ostertag n’avait jamais osé faire : lui répondre. Les deux intérieurs deviendront coéquipiers par la suite (2000-01). Crédit : Todd Warshaw pour Allsport

Game 1 au Delta Center. Plein gaz. Une extinction en règle, victoire du Jazz 112 à 77, la pire défaite des Lakers en playoffs. 29% aux tirs, un Shaq emprunté (6 sur 16, 7 ballons perdus, des marchés de poussins). À l’exception de Rick Fox, c’est un naufrage. 1 sur 9 pour Van Exel. 4 sur 14 pour Kobe. 0 sur 6 pour Jon Barry. Des fautes flagrantes pour Eddie Jones et Van Exel, une technique pour Del Harris. Incapable de défendre le pick-and-roll d’Utah, il déplore :

It wasn’t pretty, folks. A bad combination—with one team playing great and one team playing lousy. We’ll look at the films, lick our wounds, see if we can’t defend the pick-and-roll better and come back for Game 2. That’s why they call this a series. If this was high school, we’d be out.

Avant ce Game 2, l’annonce du trophée de MVP de la saison fut donnée. Michael Jordan remporte la mise, le Mailman est deuxième, lui le lauréat en titre. 92 votes de première place pour Jordan, 20 pour Malone.

Un match bien plus serré que ce deuxième de la série. Los Angeles est devant pendant les 3 premiers quart temps, mais dans le money time, c’est le Jazz qui fait parler l’expérience. Sloan part sur une formation plus petite en fin de match avec Antoine Carr en pivot sur O’Neal. Cliniques, Stockton assura avec 22 points à 9 sur 12 aux tirs tandis que Malone termine avec 33 points à 12 sur 18. Score final 99-95, Utah mène 2-0 dans la série. Depuis leur déménagement à Los Angeles en 1960, les Lakers n’avaient réussi qu’une seule fois, en douze tentatives, à remonter un déficit de 0–2 en playoffs. Trop de pertes de balles, trop de lancers ratés (et pas que le Shaq !) pour espérer voir les finales. Et beaucoup trop tendre dans les moments chauds. Ça chiale beaucoup auprès des arbitres, Shaq en tête.

Hormis le fait que le prochain match soit à domicile, pas beaucoup de points positifs pour les Lakers. La défense du Jazz permettait certes à O’Neal de marquer, mais tout en neutralisant le reste de l’équipe. Van Exel et Bryant affichaient un terrible 12 sur 45 combiné sur les deux matchs. Horry n’avait inscrit que 8 points au total, après en avoir marqué plus de 10 en moyenne lors des deux premiers tours des playoffs. Et Elden Campbell, auteur d’une très bonne saison en sixième homme, était transparent.

Est-ce que cela vaut le coup que j’écrive quelques mots sur les Game 3 et 4 ? Pas vraiment. Suite logique. 4-0. Le premier sweep sur ce format au meilleur des 7 de l’histoire du Jazz. Bien tendres Lakers, bien pleurnichards. Shaq se démène, mais hormis Eddie Jones, derrière c’est le néant. Malone intraitable. Est-ce avec cette série que Jerry West pigea qu’il ne gagnera jamais rien avec un mec comme Van Exel ? Probablement.

Game 3 au Forum d’Inglewood, 109-98 pour Utah. Malone déroule comme toujours : 26 points 10 rebonds 6 passes. Russell complète avec 17 points à 100% de réussite.
Game 4, le sweep est acté. Malone une nouvelle fois étincelant (32 points 14 rebonds 5 passes), et une belle perf’ d’Ostertag en sorti de banc (11 points 7 rebonds 5 contres)

Finales NBA 1998, bis repetita placent

(L’intégralité des finales NBA depuis 1990 sont disponibles gratuitement, en 1080p, sur le site de la NBA. Il suffit de créer un compte.)

C’est ici l’acmé de ces playoffs 98, et c’est pourtant la partie où je vais le moins noircir la feuille. Tout a été dit. Ces six matchs ont été vus et revus, documentés en quasi-mondovision avec The Last Dance en 2020.

Après 102 matchs, Utah retrouve donc les finales. Premier qualifié, car Chicago joue sa place lors d’un match 7 face aux Pacers, laissant un repos supplémentaire aux vieux grognards du Jazz. Dix jours à tuer avant le Game 1 : seuls les Lakers de 1982 avaient bénéficié d’un repos aussi long avant une finale ! De quoi faire en parti du Jazz le grand favori de l’affrontement à venir, selon Scottie Pippen :

The pressure is not on us. No one is expecting us to win. Everyone is expecting the Jazz to walk away in this series. We came here last season and we were expected to win. This season, we’re not. So the pressure is on them… It’s a great feeling being underdogs because you want to go out and prove everybody wrong.

Le Game 1 sera celui de John Stockton, héros de la victoire du Jazz après prolongation, 88-85. 24 points, 8 passes, 75% de réussite, des moments big balls en pagaille. Même pas besoin d’un grand Karl Malone, qui connut une nouvelle panne offensive en finales (9 sur 25 aux tirs). Une défense de plomb, à des moments décisifs comme cette interception de Jeff Hornacek sur Pippen en prolongation ou le contre de Greg Ostertag sur Luc Longley. En face, des Bulls un peu fatigués, du grand Michael Jordan mais qui force par moment, on sent Toni Kukoč sous-utilisé. Steve Kerr en défense sur un Stockton en feu sur la fin de match, alors que Ron Harper reste sur le banc ? On ne reviendra pas sur le cas Dennis Rodman, qui plia les voiles de suite après la rencontre pour Vegas. Le sens des priorités.

Les entraînements, ça sert à rien.

He’s free to go. It’s better than him hanging around this town and upsetting some Mormons (Phil Jackson)

L’année précédente, Rodman avait insulté l’Église mormone d’Utah, écopant d’une amende de 50 000 $ et d’une obligation d’excuses publiques. Rodman et les Mormons, deux salles deux ambiances. Ironie du sort, au moment même où se jouaient ces finales 98, Rodman et Malone avaient signé un accord pour s’affronter un mois plus tard… au catch à San Diego. Ameurika, fuck yeah !

On savait s’amuser dans les nineties.

Tout comme le premier, le Game 2 fut serré du début à la fin, pour se jouer dans la dernière minute. Malone passa complètement à côté de la soirée : 16 points (5 sur 16 au tir), et aucun panier en seconde mi-temps (0 sur 4). En comptant ses finales 1997, Malone tournait à moins de 42 % de réussite et seulement 22,5 points de moyenne, soit près de cinq en dessous de sa saison régulière. La pression ? Il restait en tout cas impassible, refusant toute excuse.

Et que de pertes de balle pour le Jazz (20). À l’inverse, du bon Pippen, du grand Jordan, du Kerr décisif dans le quatrième quart sur son premier rebond de la série… Victoire 93-88 des Bulls. 1-1, et la suite se passe à Chicago, pour 3 rencontres de rang.

Jordan termine avec 37 des 93 points de son équipe sur ce Game 2. Crédit : Manny Millan pour Sports Illustrated

Ah, le Game 3. Sloan décida qu’il ne pouvait plus se permettre de titulariser Greg Foster en pivot : le Jazz se faisait dominer au rebond offensif. Notre bon Ostertag se retrouve donc titulaire au United Center. Une décision logique en apparence, sa taille lui permettrait de contenir Longley, mais qui allait s’avérer désastreuse. Ostertag n’avait joué que 24 minutes sur les deux premiers matchs, compilant 9 points et 6 rebonds, fort de ses bons passages face au Shaq en finale de conf’.
Mais il n’avait jamais retrouvé le niveau de la saison précédente.
Mains pleines de pouces, cata aux lancers… l’idée de Sloan était seulement qu’il aiderait Malone au rebond pour le libérer un peu offensivement. Sauf que Chicago exploita le double 0. Pippen en indiv’ sur notre homme, le laissant même progressivement de côté, seul, tant Ostertag était inoffensif, pouvant venir aider Harper sur Stockton pour l’empêcher d’organiser le jeu. Et après un bon début de match du Mailman (12 points à 6 sur 6), le Jazz va sombrer comme jamais. À mi-chemin du deuxième quart, après avoir traversé près de six minutes sans marquer, Malone fonça vers le panier pour réduire l’écart à 29–23.
Mais il coucha Pippen sur sa trajectoire, et l’arbitre Hue Hollins annula le panier en sifflant faute offensive contre Malone. Incompréhension. Le tournant du match pour Pippen :

That was the key. We’ve been trying to force him into taking jump shots. Karl is the guy who’s going to try to get to the basket… You have to be man enough to take the charge, because he comes to the basket pretty hard.

À partir de là, rideau : un monologue des Bulls.
Ils forcèrent neuf pertes de balle du Jazz dans ce quart, rendant Stockton presque inutile en le piégeant à mi-terrain avec Harper et Pippen avant qu’il ne puisse organiser l’attaque.
Pour le Jazz, Pippen pratiquait une défense illégale en restant en zone, mais Hollins, Nunn et Bavetta n’en avaient visiblement rien à carrer. 49-31 à la mi-temps.

Mais le pire est à venir. Le Jazz ne rentra que 4 tirs sur 15 dans le troisième quart, pendant que Jordan atteignait 24 points et qu’Harper frôlait le triple-double.
Utah sombra complètement, accusant 28 points de retard à la fin du troisième quart (72–45). 9 points marqués dans le quatrième, défaite 96-54.

Un naufrage historique :

  • Pire défaite de l’histoire des Finales.
  • Plus petit total de points dans un match de Finales.
  • Plus faible total dans un match NBA depuis l’instauration de l’horloge des 24 secondes (1954).

Ostertag compila 9 rebonds (dont 4 offensifs), mais son impact fut catastrophique pour le collectif : il ne joua plus que 7 minutes sur toute la série. Un dixième de Rony Seikaly aurait été plus utile.

Game 4. Sloan décida d’intégrer Adam Keefe dans le cinq majeur, au poste de pivot.
Le pari faillit fonctionner : Keefe fera vingt minutes correctes, et le Jazz ne perdit que 11 ballons, leur plus petit total de la série.
Mais Pippen explosa offensivement, inscrivant 28 points dont 5 tirs à trois points, tandis que Rodman humilia Malone en le maintenant à un seul panier dans le dernier quart, tout en réussissant 5 de ses 6 lancers francs. Malone, comme lors du match 3, avait démarré fort avant de s’éteindre : 4 sur 12 sur les trois derniers quarts.
86–82. Chicago mène 3-1. Aucune équipe n’avait jamais remonté un déficit de 3–1 en Finales NBA. S’ajoute le fait que les Bulls n’avaient pas perdu trois matchs consécutifs depuis janvier 1995, avant même le retour de Jordan.
Ils restaient sur cinq victoires de suite contre Utah en Finales.

Alignement des planètes pour un épilogue grandiose : Jordan, dernier match de sa carrière à domicile, devant un public en feu, le sixième titre NBA… Mais le Jazz n’avait plus peur. Ce relâchement leur permit peut-être de gagner ce Game 5 à Chicago.
Personne ne croyait qu’ils pouvaient encore remporter la série mais l’absence de pression les libéra sans doute. Leur meilleur match des finales. À commencer par Malone : 39 points, dont 25 en seconde mi-temps, pour offrir la victoire 83–81 au Jazz. Antoine Carr ajouta 12 points et deux lancers francs décisifs à 10 secondes de la fin. Kukoč rentra un trois points, Jordan manqua le buzzer beater, et le Jazz rentra à Salt Lake City avec une deuxième victoire dans ces finales.

Game 6. Malone est chaud et rentre ses quatre premiers tirs, ajoutant cinq lancers francs pour un total de 12 points. Bien aidé par Hornacek, puis Carr en sortie de banc. Utah est dans son match.

T’inquiète Michael, y’aura pas de match 7. Crédit : Vincent Laforet pour ALLSPORT

Dick Bavetta, le véritable Jazz-killer.

Mais à peine trois minutes dans le deuxième quart, craquage des arbitres.

Kukoč venait de réduire l’écart à 28–24 quand, à court de temps sur la possession suivante, Howard Eisley rentra une petite prière à trois points. Mais avant même que les points ne s’affichent au score, l’arbitre Dick Bavetta tua l’ambiance :

No basket ! No basket !

Delta Center en fusion. Sur les ralentis de la télévision, aucun doute : le tir avait bien été déclenché avant la fin de la possession.
Mais à l’époque, pas d’arbitrage vidéo : ni Hollins ni Danny Crawford ne rectifièrent la décision. Trois arbitres venaient de rater l’évidence la plus flagrante des Finales. Utah tient malgré tout, 49-45 à la pause.

Le troisième quart, lui, fut tendu. Après un tir réussi de Malone dans les 20 premières secondes, le Jazz resta huit longues minutes sans marquer. Pas beaucoup mieux côté Chicago. Deux tip-in de Rodman ramènent les Bulls à flot. Pippen est dans le mal à cause de son dos et n’a joué que sept minutes en première mi-temps avant d’aller se faire soigner. Jordan arrose, un poil aidé par Kukoč.

Nouvelle carotte arbitrale dans le quatrième quart avec un panier de Ron Harper validé par les arbitres alors qu’il était après la limite des 24 secondes. 79 partout.

Le tir. Crédit : Fernando Medina NBAE

La suite, on l’a connait. Le trois points de Stockton sur la tête d’un Ron Harper un poil trop court après une belle passe du Mailman. 86-83 pour le Jazz. Temps mort. La pénétration de Jordan, 86-85. La prise à deux sur Malone, ce même Jordan venant voler le ballon à 20 secondes de la fin, et puis la filoche ultime sur ce pauvre Bryon Russell, 87-86. Il reste 5 secondes à jouer mais la prière à trois points de Stockton est trop courte. C’est terminé.


C’est donc la fin de cette anti-Last Dance. Une dernière danse malheureuse pour Utah, qui ne retournera plus jamais en finales NBA, et seulement une fois en finale de conférence, en 2007, pour servir de punching-ball aux Spurs de Duncan (encore lui).
1998 restera comme la dernière grande équipe du Jazz. Deux finales consécutives, un sommet d’intensité et de cohésion, mais face aux Bulls d’un Jordan invincible quand tout se jouait, les hommes de Jerry Sloan n’auront remporté que 4 matchs sur 12.
C’est peu. Trop peu.

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