Darryl Dawkins, l’éclair en chocolat qui défouraillait les cercles
Disparu en 2015, Darryl Dawkins fut bien plus qu’un monstre athlétique : premier lycéen drafté en NBA, briseur de panneaux et poète intergalactique du dunk. Portrait du “Chocolate Thunder”, l’homme venu de Lovetron. Un phénomène de première catégorie.
Avant d’attaquer dans le dur, petit liminaire sur l’oiseau dont il sera question ici. Darryl Dawkins, c’est avant toute chose une liste de surnoms démentielle, de quoi remplir quelques wagons du bottin des P.T.T. :
Chocolate Thunder, The Rim Wrecker, The Go-Rilla, The In-Your-Face Disgrace, Double D, Dawk, Dr. Dunk, Sir Slam, Zandokan the Mad Dunker, Dunk You Very Much, Candy Slam, Sweet D, Big Dawk, Master of Disaster, Squawkin’ Dawkin, Double D Dunk, Sir Dunk, Dunk It, Pure Pleasure, Cool Breeze, Dr. Jam, Demon of Destin, The Spine-Chiller Supreme…
Et encore, il en manque !
Annuaire des surnoms de Darry Dawkins, en dix volumes.
Une page lui est consacrée dans All-Star Names de Vincent Reculeau et Adrien Pommepuy, ouvrage qui recense les meilleurs surnoms de l’histoire de la NBA. On y apprend que son nickname principal, Chocolate Thunder, est une inspiration du chanteur Stevie Wonder. Dawkins l’explique justement :
A guy who never saw me gave me the name Chocolate Thunder
C’est ensuite un pivot respectable, ayant joué en NBA de 1975 à 1989, avec trois finales NBA à la clé (toutes perdues). Un joueur talentueux, fort, grand, rapide. Du genre à devoir tout casser et devenir All-Star sans discussion. Mais trop timbré pour s’accomplir pleinement chez les pros.
Darryl Dawkins ne venait pas d’une autre planète, quoi qu’il en dise, mais il en avait inventé une : Lovetron, un monde imaginaire sans gravité, où l’on pratiquait l’interplanetary funkmanship. C’est de là, disait-il, qu’il ramenait ses dunks.
Un personnage à part, dont il est difficile de ne pas tomber sous le charme.
Portrait et citations hilarantes à suivre.
Orlando, l’école de la débrouille
Né en 1957 à Orlando, Dawkins grandit dans un environnement modeste en pleine ségrégation raciale — la Floride était encore soumise aux lois Jim Crow jusqu’au milieu des années 1960. Deuxième d’une fratrie de huit enfants (plus deux demi-frères), il est surtout élevé par sa grand-mère Amanda Jones, une femme pieuse, membre de l’Antioch Primitive Baptist Church, après que son père eut quitté le foyer pour New York alors qu’il n’avait que sept ans.
À l’école, il se distingue d’abord par sa taille (presque deux mètres avant la puberté) et par un goût prononcé pour les carabistouilles. Un authentique branleur de première, mariolle devant l’éternel. Son grand-père, lui, fut une autre source d’inspiration… pas forcément dans le bon sens :
Sure, he knew the Bible back and forth, but he was also devoted to drinking. He was the funniest man I’ve ever met and was also quite a prankster.
Sur les terrains poussiéreux de Floride, il commence le basket, et au Maynard Evans HS, il devient un phénomène local et découvre pour la première fois la vie sans ségrégation, mais aussi une approche totalement différente du jeu :
The only things white in Eccelston Elementary School were the chalk and the toilet paper. Black teachers, black principal, black cafeteria workers. […] But at Evans, I had something important figured it out. There was a big difference between white and black basketball. White guys made foul shots and passed the hell out of the ball. White guys played team ball. If a guy was hot, he’d get the ball until he cooled off.
The black philosophy was something else. If you’re not scoring points, if your picture isn’t in the newspaper, if you don’t have a trophy, then you ain’t the main you ain’t shit. And if a teammate hit nine shots in a ro, the black attitude was : Fuck him, now it’s my turn to get in on.
Plus grand de son école, lui qui était moqué et traité de big dummy, stupid motherfucker, se révèle sur le terrain. Il développe un gout prononcé pour les comics (Superman, Daredevil, Batman, Spider-Man, Thunder-Bolt), venant fleurir son imaginaire déjà débordant, et surtout en pleine découverte du sexe opposée. Il voit le loup à 16 ans, avec une prostituée. Sa mère, au courant, l’avoine comme jamais, sans effet positif :
It was too late because I’d already developed a hearty appetite for pussy […] If Batman had the Bat Cave, and if Superman came from the planet Krypton why couldn’t I have my own planet ? Lovetron !
Il mène son équipe au titre d’État, domine la raquette et se voit courtisé par toutes les grandes universités du pays, notamment Kansas. Mais Dawkins a faim , au sens littéral. Quand il voit sa grand-mère cumuler deux emplois, il comprend vite que les études ne paieront pas les factures. Habitué à gratter quelques sous ici et là, entre petits boulots et chapardages, laveur de vitres dès ses 16 ans, Darryl envisage le basket comme un gagne-pain légitime.
En 1975, il se déclare pour la draft NBA, devient le premier joueur sélectionné directement depuis le lycée, et rejoint Philadelphie en cinquième position. Une petite cuvée — Alvan Adams, Gus Williams, World B. Free, David Thompson pour les plus connus — sans oublier Bill Robinzine, dont on reparlera plus tard.
L’année précédente, Moses Malone avait déjà sauté le pas depuis le lycée, mais pour l’A.B.A. Ce trajet high school —> NBA restait donc une première. Trois équipes le voulaient :les Bulls, le Jazz (encore à la Nouvelle-Orléans) et donc les Sixers. Les agents se battent pour l’avoir, offrant entre 100 000 et 300 000 dollars à la signature, soit l’équivalent de près de deux millions aujourd’hui.
Darryl, 18 ans et rookie pour les Sixers. Crédit : Topps
Les débuts à Philadelphie : un branleur chez les Sixers
Quand il débarque chez les Sixers, Darryl a 18 ans, la tronche d’un gamin, une coupe de cheveux approximative et un corps de monstre : 2,11 m, 110 kilos, fort comme un bœuf. Sept années de contrat garanti — et pas question de placer l’argent sur un plan d’épargne. Une fois sa famille à l’abri, il claque le reste en fringues aussi sobres que celles de Bootsy Collins.
Il partage un vestiaire où les cartouches de Marlboro ne font pas la semaine et les mignonnettes de cognac ne survivent pas à l’entraînement :
Imagine my surprise when I saw Billy Cunningham, Freddie Carter and George McGinnis smoking cigarettes in the locker-room at halftime of a ball game. Damn ! These guys smoke in here right in front of the coach ? What the hell. If they’re all smoking, then I’m drinking.
La saison précédente, Philly était une mauvaise équipe — 34 victoires seulement, et deux ans plus tôt, c’était 9 : le deuxième pire bilan de l’histoire à ce jour.
George McGinnis, Doug Collins, World B. Free, Jellybean Bryant (le père de Kobe), Steve Mix, Fred Carter, Harvey Catchings… Du talent, oui, mais une discipline aux abonnés absents.
Darryl en 1976 avec son premier entraîneur aux Sixers, Gene Shue (petit air de Leslie Nielsen sur cette photo, l’acteur de Y a-t-il un pilote dans l’avion ?), qu’il appréciait malgré son intransigeance avec les jeunes joueurs : straight as an arrow and he never bullshitted the players. Crédit : Inquirer.com
Il découvre aussi que chez les pros, l’amitié a un prix. Jalousies d’argent, de filles, de temps de jeu… Au fil de sa carrière, Darryl ne tissera de vrais liens qu’avec trois joueurs : World B. Free, Earl Cureton et surtout Bobby Jones.
Sa saison rookie se passe surtout sur le banc. Gene Shue, coach de l’époque, ne sait pas quoi faire de ce géant hilare qui passe plus de temps à chambrer qu’à assimiler les systèmes. Il finit par lui interdire de tirer, purement et simplement.
Pourtant, on entrevoit des éclairs : dunks tonitruants, contres autoritaires… mais aussi des fautes idiotes et pas mal d’herbe fumée — ce qui, disons-le, n’aide pas à retenir les schémas.
Sophomore aux côtés de Dr. J : Sex, drugs & NBA Finals
L’année suivante (76-77), Darryl gagne du temps du jeu, mais se disperse beaucoup dans la vie hors terrain, ce qu’il reconnait aisément. Une fille (enfin plusieurs) à chaque port, des ovules inséminés ici et là :
For pure, lustful sex, the late ’70s to the early ’80s were the best of times. Nobody ever heard of AIDS back then. The worst you could catch was the clap, and the team’s trainer had pills for that. That’s why it was so hard for married guys to be faithful. No matter how pretty or sweet-smelling your wife was, there was always a girl on the road who was prettier, smelled sweeter, had that certain walk that made her ass pop, and knew how to come at you.
Then, now, and forever, the NBA’s pussy haven was Salt Lake City. Ummm-umm. That’s the main reason why black guys want to play for the Jazz. The second-best pussy capital was Atlanta, with New Orleans a close third. By far the worst place to get laid was New York City, only because the girls there couldn’t be trusted.
One of my nicknames was Big Freak because I was always sexually adventurous. Putting whipped cream on a girl’s titties, chocolate syrup on my dick, I did all that stuff. Wilt Chamberlain used to say that he’d had 20,000 women. Maybe I’ve had a 1,000, so I was never more than a button on Wilt’s shirt. But I never did anything to manipulate a woman so that she felt obliged to give me her pussy.
Côté terrain, Philly se renforce : Henry Bibby (le père de Mike) à la mène, et surtout Julius Erving, la superstar des New York Nets en ABA.
À 26 ans seulement, Dr. J a déjà les genoux d’un vétéran en fin de carrière, mais il adapte son jeu, toujours aussi aérien, et vole la vedette des Sixers à George McGinnis, qui le vit évidemment très mal.
Tensions dans l’équipe, comme dans la Ligue.
Darryl constate que la NBA compte près de 80 % de joueurs noirs, mais que seuls trois entraîneurs le sont aussi.. Un racisme avéré de la Ligue selon lui, tout comme beaucoup de joueurs blancs ne méritant pas leur place chez les pros :
Black players were mostly on their own. And when we did get together we’d talk about how few white players really deserved to be in the NBA. Among these were Bobby Jones, Gus Gerard, Bill Walton, Dan Issel, Rick Barry, Paul Westphal, maybe Don Buse and Pete Maravich (not that Pistol Pete was such a great player, but he was talented and he did put booties in seats). Most of the other whites in the leagues were there only because of their skin color.
La tension raciale est un fait assumé dans la Ligue. Pour Darryl — et, selon lui, pour la majorité des joueurs noirs, certaines règles tacites ne se discutent pas : ne jamais se faire dunker dessus par un blanc, ni même se laisser trashtalker par un blanc.
Meilleur bilan de sa conférence, Philly atteint la Finale NBA 1977 contre Portland, une synthèse de ce qu’il a pu constater lors de la saison :
All the racial understones seemd to come to a head. It’s not politically correct to make this kind of definition these days, but we played black basketball and Portland played white basketball. The white players at the core of Portland’s sucess were Dave Twardzik, Bobby Gross, Larry Steele and Bill Walton. The black guys on Portland also played white basketball. Maurice Lucas was a good, strong power forward but it was Lloyd Neal who killed us.
Match 2 des Finales NBA 1977. Petit atelier bricolage pour Dawkins et Maurice Lucas.
Maurice Lucas justement, avec qui Darryl s’illustre dans une baston mémorable dans le Game 2 et un lavabo arraché dans le vestiaire. Lucas s’excuse avant le Game 3, et tout est oublié. Mais Portland est mieux organisé et gagne cette finale 4-2. McInnis passe complétement à travers, et Dr. J joue trop les solistes.
My honest opinion then and now is that black players are more talented than white players, and we certainly were more talented than Portland. And the rock-bottom reason why the Trail Blazers beat us was because they played white basketball better than we played black basketball.
Individuellement, Darryl devient enfin un vrai pivot remplaçant derrière Caldwell Jones, avec près de 19 minutes de jeu sur les six matchs, une belle étape pour un sophomore de tout juste 20 ans, surtout à cette époque.
Mais il ne prend aucun plaisir à évoluer dans une équipe ultra-talentueuse mais désorganisée et constamment en conflit. Il avoue même bouder de ne pas voir assez la balle pendant les Finales, et ne pas se donner à fond ni en défense, ni au rebond.
Duel de gaillard entre Dawkins et Maurice Lucas lors du Game 2 des finales NBA 1977. Crédit : capture YouTube
Les backboards brisés et la légende naît
Au fil des saisons, Darryl trouve enfin sa place. Gene Shue est remercié au début de sa troisième année, et sous Billy Cunningham (son ancien coéquipier devenu coach à 34 ans, deux ans après sa retraite de joueur), il s’impose peu à peu comme titulaire.
Sa meilleure saison reste 1979-80(celle de ses deuxièmes Finales NBA) avec environ 15 points, 9 rebonds et 2 contres en 32 minutes (sur 80 matchs).
Sur le plan du jeu, il demeure inconstant. Les Sixers veulent en faire un futur franchise player, mais lui n’assume pas le rôle. Constamment gêné par les fautes commises, rarement à fond en défense. Il picole pas mal et consomme davantage de drogue, cocaïne et marijuana essentiellement. Sur le plan du spectacle en revanche, il est inimitable :
I really liked the idea of entertaining the fans. Sometimes when I took a charging foul from a guard I’d back up and slide on my ass like I’d been hit by a freight train. Or when I’d make a jump shot, I’d run downcourt with big eyes and a hallelujah smile. Or else when a referee make a bad call against me, I’d storm over to him like I was about to rip his head off, but then I’d smile and bow and tell him that he’d made the right call. I used to listen George Clinton and Parliament–Funkadelic, so I talked to reporters about my interplanetary funksmanship.
The Chocolate-Thunder-Flying, Robinzine-Crying, Teeth-Shaking, Glass-Breaking, Rump-Roasting, Bun-Toasting, Wham-Bam, Glass-Breaker-I-Am-Jam. Crédit : AP Photo
Tout bascule le13 novembre 1979 à Kansas City. En plein match contre les Kings, Dawkins monte au cercle, frappe le plexiglas et le pulvérise. Chose qu’il avait annoncé, amusé par un article qu’il venait de lire racontant que Gus Johnson avait réussi à péter un panier sur un dunk lors d’un match de présaison à l’époque des Baltimore Bullets. Dunk de sourd de Darryl : des éclats partout, un Bill Robinzine sidéré dessous. Le pauvre Robinzine dont je vous avais dressé le portrait ici-même, une histoire tragique marqué par un terrible suicide en pleine carrière. En conférence de presse, Darryl fanfaronne :
I didn’t mean to destroy it. It was the power, the Chocolate Thunder. I could feel it surging through my body, fighting to get out. I had no control.
I called this one the Chocolate Thunder Ain’t Playin’ – Get Out of the Wayin’ – Backboard Swayin’ – Game Delayin’ – Super Spike ! And I was also inspired to give myself another nickname, The Master of Disaster
Deux semaines plus tard, il récidive à Philadelphie contre San Antonio. La NBA n’en peut plus et lui promet 5 000 dollars d’amende si il pète un troisième panneau.
En complément, la ligue invente le breakaway rim, ce cercle à ressorts qui deviendra la norme mondiale. Dawkins, lui, devient un phénomène médiatique encore plus affirmé.
Le cancre frustré des Sixers
Derrière le show, Dawkins reste un joueur ingérable. Trop fort pour être un second rôle, pas assez régulier pour être une star.
La presse parle de “potentiel” pendant dix ans, un mot qu’il finira par détester. Ses fautes à répétition le minent, il s’agace de ne jamais recevoir la balle de Maurice Cheeks (qui n’a d’yeux que pour Dr J. selon lui) et les rapports avec Billy Cunningham sont tendus.
Darryl face à Mark Landsberger lors des finales NBA 1980 perdues 4-2 face aux Lakers. Crédit : Manny Millan pour Sports Illustrated
Malgré tout, Philly atteint trois Finales entre 1977 et 1982, sans jamais aller au bout. Le transfert de George McGinnis contre Bobby Jones marquera au moins le début d’une vraie amitié pour Darryl.
À l’été 1982, après sept saisons à Philadelphie, il est envoyé aux New Jersey Nets contre en premier tour de draft, pendant que les Sixers récupèrent Moses Malone, le pivot qui leur offrira le titre dès l’année suivante.
Ironie parfaite.
Darryl et son grand ami Bobby Jones : I love Bobby Jones. He was the best guy I have ever met in the NBA. Noboby’s game was more unselfish than his.
New Jersey Nets : deux belles saisons puis le début des blessures
Chez les Nets, Dawkins connaît un bon début. Moins sous pression, mieux écouté, il devient un vrai pivot titulaire.
La première saison reste compliquée : il ne s’entend pas du tout avec Larry Brown, qu’il accuse de faire tourner toute l’attaque autour du All-StarBuck Williams. Malgré ça, il enchaîne deux saisons solides, frôle les 17 points de moyenne, et mène les Nets à leur première série de playoffs remportée… contre ses anciens Sixers.
Stan Albeck prendra le relais de Brown dès 1983-84, et Dawkins retrouve enfin une bonne entente avec un coach, lui qui est quand même TRÈS difficile dès lors que tout ne tourne pas autour de lui en attaque.
Mais son dos lâche. Les blessures s’enchaînent, les opérations aussi. Il rejoue par intermittence, tente de s’adapter, mais le corps ne suit plus. Quelques problèmes avec le fisc, également avec des placements financiers pas très safe… La routine pour Dawkins.
Après quatre saisons chez les Nets, il est transféré au début de l’exercice 1987-88, mais il n’est plus en mesure d’avoir un vrai rôle en NBA. Il n’a alors que 30 ans.
Darryl en 84 avec les Nets, lors du premier tour de playoffs face à son ancienne équipe de Philadelphie. New Jersey remporte la série 3-2. Cela sera malheureusement sa dernière saison pleine. Crédit : Jerry Wachter pour Sports Illustrated
La fin de carrière en roue libre
En 1987, il passe brièvement par Utah (quatre matchs), juste le temps de s’embrouiller avec Karl Malone après avoir couché avec sa nana, puis par Detroit. Chez les Pistons, il dispute 16 matchs, période durant laquelle sa première femme se suicide. Darryl sombre, va peser jusqu’à 137 kilos, et préfère arrêter les frais : il prend sa retraite des parquets NBA à 32 ans.
Darryl en 1990 ici en duel avec l’ancien MVP 1975 Bob McAdoo lors de ses années italiennes. On notera les chaussures Lotto. Crédit : DP
La suite est moins glorieuse : quelques saisons en Italie (Torino, Milan, Forlì), un passage chez les Harlem Globetrotters (il sera le premier ancien joueur NBA à porter leur maillot) puis de la CBA, avant de devenir coach dans les ligues mineures.
Il entraîne les Pennsylvania ValleyDawgs, puis l’équipe universitaire du Lehigh Carbon Community College, où il tente de transmettre ce qu’il n’avait jamais appris : la discipline.
Il se remarie. Divorce dans la foulée. Nouvelles emmerdes avec le fisc.
La routine.
Darryl et Manute Bol en décembre 95, lors d’un match de CBA entre les Florida Beachdogs et les Sioux Falls Skyforce. Crédit : Bill Frakes pour Sports Illustrated
Un personnage plus grand que son palmarès
Dans les années 2000, il devient une figure populaire, invité sur les parquets, dans les jeux vidéo (NBA Jam) et dans plusieurs documentaires. La Ligue l’envoie régulièrement comme ambassadeur à l’international, notamment en Chine, pour des évènements destinés à populariser la NBA. Il est évidemment sollicité comme juré dans des concours de dunks aux quatre coins du pays, et il a probablement animé plus de camps de basket pour gamins que la plupart des joueurs de sa génération.
Un joueur sans sélection All-Star, mais parfait dans ce rôle d’ambassadeur, tant sa bonhomie, sa gouaille et son charisme naturel étaient universellement appréciés.
Le décès brutal
Darryl Dawkins s’éteint en août 2015 en Pennsylvanie, victime d’une crise cardiaque à 58 ans.
Il n’aura pas changé le basket par son palmarès, ni collectif ni individuel — même s’il joua trois fois les Finales NBA — mais il aura marqué la Ligue par sa gouaille et sa folie. Un joueur fantasque, définitivement à part, vivant dans un univers parallèle où la demi-mesure, le fisc et l’abstinence n’existent pas.
Darryl en 2010, cinq avant son décès lors du All-Star Weekend. Crédit : Greg Nelson pour Sports Illustrated
Les citations de cet article proviennent du livre Chocolate Thunder: The Uncensored Life and Times of Darryl Dawkins, son autobiographie coécrite avec Charley Rosen et parue en 2003. Une bouffée d’air frais, loin des bios aseptisées et soporifiques à la Roland Lazenby & compagnie. Mauvaise foi, punchlines hilarantes, une propension à absolument tout racialiser, Darryl détruit des mecs parfois gratuitement (Robert Parish, David Thompson, Jason Williams, John Drew…) mais on adore une fois que l’on comprend le personnage Dawkins. Une page sur deux pourrait lui valoir du pénal en 2025, mais de là où il est, je pense qu’il s’en tamponne royalement le coquillard.
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