Il est temps de revenir aux vrais sujets.
Trop d’articles ici m’ont pris des heures , que dis-je, des jours, des semaines, de recherches, de vérifications et tutti quanti.
Celui-ci, non. Écrit au plaisir, sur un coin de table, entre deux cafés.
Et pourtant, j’ose parier qu’il sera toujours plus vivant que ces papiers sans âme pondus par ChatGPT formant 80% de ce qu’on peut lire sur la NBA.

Ah, qu’il est commode d’écrire sur des artistes, des poètes de ce sport que sont les Magic Johnson, Michael Jordan, Grant Hill, Larry Bird ou Hakeem Olajuwon.
Pour vendre des maillots et coller des gens devant la télé, ça force l’évidence. Mais pour remplir un cabinet de curiosité, un bel oiseau comme Dwayne Schintzius (prononcez SHINEZUSSE) est plus approprié.

Mon intérêt pour ce joueur n’est pas à prendre sous le prisme du basketball, à proprement parler.
C’est ici de la pure discrimination positive, fondée sur un magnifique combo : coupe de cheveux improbable et nom de famille à faire un gros score au Scrabble.
C’est aussi l’occasion de rendre hommage à un pivot ayant disputé plus de 200 matchs NBA, disparu prématurément en 2012, à seulement 43 ans, victime d’une récidive de leucémie survenue deux ans plus tôt.
Dwayne Schintzius, le basket n’est pas le plus important
Dwayne portait la coupe mulet comme Anthony Davis le monosourcil : mal, mais assumé.
Là sont les hommes courageux, les véritables esthètes de ce sport.
Un Schintzius dans le Thunder actuel ferait l’effet d’un cheval de Troie : fini les articles de GQ, finie la Fashion Week. Place à l’authentique prise de risque.
Évacuons d’emblée l’aspect purement basket : des pivots comme Schintzius, dans la NBA des années 90, on en trouvait à la pelle, à condition de taper dans le bon tas de cailloux.
Un géant de 2,16 m, authentique soutier, constamment handicapé par des douleurs au dos. Au mieux, une première rotation derrière le pivot titulaire (ce fut le cas par intermittence avec David Robinson aux Spurs) mais plus souvent troisième pivot de l’effectif, jouant un match sur deux, voire sur trois, selon l’état du matériel.
Chronologie d’un parcours chaotique.
Les années universitaires à Florida : un cador aux Gators

Avant de faire le zouave en NBA, Dwayne Schintzius le faisait déjà au lycée et surtout à sa fac de Florida. C’était alors un phénomène sur le terrain.
Premier joueur de l’histoire des Gators à dépasser 1 500 points, 800 rebonds, 250 passes et 250 contres. Il mène Florida, aux côtés de Vernon Maxwell, vers son premier titre SEC en 1987 et deux tournois NCAA consécutifs, du jamais-vu pour la fac.
Un joli CV qui lui permet de côtoyer la sélection américaine pour les Jeux olympiques de 1988. Il ne fera pas partie de l’équipe finale envoyée à Séoul, mais figure dans la liste élargie (21 joueurs) et dispute les matchs de préparation. Il y partage même sa chambre avec deux futurs collègues NBA : David Robinson et Danny Manning.
Lors de sa quatrième et dernière saison à Florida (1989-90), il tourne à 19 points et près de 10 rebonds avant de claquer la porte au bout de quelques matchs. Don DeVoe, le nouveau coach, voulait lui faire couper sa tignasse « homard » et perdre du poids : Schintzius préféra la fuite à la contrition. Sa lettre de départ, donne le ton : « I’m not happy. », accusant ensuite DeVoe de tyrannie, le comparant capitaine Achab de Moby Dick.
Hors de forme mais toujours talentueux, il resta suffisamment intrigant pour être drafté en 24ᵉ position par les Spurs en 1990, bien plus bas qu’attendu. Cet été-là, il se pointe au camp d’entraînement avec 135 kilos sur la balance. Avec Larry Brown entraîneur, qui n’aime déjà pas les rookies par principe, l’affaire s’annonçait mal embarquée.
« The most perplexing case of 1990 draft »
Dwayne Schintzius débarque donc en NBA avec la réputation d’un pivot doué mais ingérable. Un ovni avec un humour décalé, beaucoup d’autodérision dans un univers NBA où il n’en faut pas.
Grand bavard, petit rendement : « Great quote, bad game », résuma un journaliste texan. Malgré un bon toucher et un vrai sens de la passe, son manque de gaz en défense et sa santé fragile lui plomberont sa carrière. À l’image de sa saison rookie à San Antonio : 42 matchs, quelques fois titulaire, mais un dos en compote le poussant à se faire opérer une première fois.

Échangé en 1991 aux Kings contre Antoine Carr, il rejoue brièvement (33 matchs) avant une nouvelle opération. Un passage anecdotique dans cette franchise de pompes qui le coupe l’été suivant.
Frank Vining, son entraîneur de lycée au Brandon High School de Tampa, n’était pas étonné de voir son ancien joueur être systématiquement en froid avec ses directions successives :
I’m not surprised at all : I expected it. Check the kid’s track record from high school to college and now to the pros. It’s always been the same story. Dwayne just never had the work ethic for real success.
Les Nets le récupèrent en 1992 comme agent libre, plus par défaut que par conviction. Il ne dispute que cinq rencontres cette saison-là, mais est dispo pour les playoffs et dispute la totalité du premier tour perdu en cinq matchs face à Cleveland, avec plus de 21 minutes en moyenne. Il restera finalement trois saisons à New Jersey, pour 78 rencontres. Un match sur trois.
Le temps de se faire exploser un panier sur la tête par le Shaq. Dwayne fera cette réflexion très drôle je trouve :
Lucky for him he did it to me because I was going to do it to him
Étonnamment, malgré son faible temps de jeu chaque saison, les scouting reports de l’époque ne le classent jamais parmi les joueurs cramés ni même inutiles. Comme vu plus haut, on lui reconnaît de bonnes mains, un tir correct et un vrai QI basket, même après ses passages éclairs sur ses cinq premières saisons. Un gentil géant, plein d’humour, mais trop soft pour le poste (rappelons que ses adversaires sont Ewing, Shaq, Olajuwon et cie), avec la mobilité d’un camion bâché sur une départementale verglacée, et une santé de cristal.

Ses contrats s’enchaînent mécaniquement : Spurs, Kings, Nets donc, puis Pacers (33 matchs), Clippers (15 matchs), ensuite une saison blanche (toujours pour blessure), puis un comeback à Boston lors de la saison du lockout, en 1999 (16 matchs)… Des salaires souvent au minimum, mais notons tout de même ce joli braquage à New Jersey où il va toucher 1,2 millions de dollars lors de la saison 94-95.

Il sera échangé par Boston à Denver lors de l’été 99, mais Schintzius, bientôt 31 ans, décide d’arrêter les frais : son corps ne suit plus. En huit saisons NBA, il aura passé plus de temps blessé que sur le terrain.
La retraite, puis la leucémie
Une fois la retraite NBA actée, il prolonge un peu la blague dans les ligues mineures jusqu’en 2003, avant de tourner définitivement la page. Schintzius explore alors plusieurs voies : quelques pubs, chose qu’il avait déjà expérimenté dans un rôle clin d’œil avec Eddie (1996) aux côtés de Whoopi Goldberg : il y incarne Ivan Radovadovitch, pivot fictif des Knicks. Puis une reconversion en coach sportif, avec un bouquin à la clé, en 2011 : Exercise Anywhere: Dwayne Schintzius’ Guide to Free and Easy Exercises.

Mais pour Schintzius, la vraie bataille est ailleurs : il entame une longue bataille contre une forme rare de leucémie, la leucémie myélomonocytaire chronique.
En 2009, Dwayne subit une première greffe de moelle osseuse en Floride, greffon offert par son frère Travis.
Déclaré cancer-free en 2010, il entrevoit le bout du tunnel… mais la maladie revient début 2012. Une seconde greffe et des complications ultérieures entraînent une insuffisance respiratoire.
Le 15 avril 2012, à 43 ans, Schintzius s’éteint entouré de sa famille. R.I.P grand Dwayne. Le dernier mot pour son frère Travis :
He’s at peace now… he’s not suffering any more, now he’s probably cracking jokes and making people laugh in heaven.




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